cd2Parution: 1956
Artiste: Raymond Devos
Production: Philips
Format: Microsillon, 45 Tours ; 1ère série

Enregistrement public réalisé à l’Alhambra Maurice Chevalier

1 – La mer démontée
2 – Le pied
3 – A Caen les vacances?
4 – J’en ris, j’en pleure

Commentaires

« J’avais trois heures devant moi, j’en profite pour aller voir Devos . J’arrive aux Trois Baudets. C’est rue Coustou, du nom de ce sculpteur péruvien qui planta trois drapeaux sous le coup de feu de l’ennemi dans un bar assiégé par les Prussiens l’an dernier quand ils sont venus en car voir le strip de… mais je vous parlais de Devos. J’arrive donc aux Trois Baudets. Le quatrième me répond : – Devos ? Il n’est pas là. On l’a embarqué. – Mais il n’a pas le pied marin, sangloté-je. – Il a le pied cinématographique, et ça suffit, rétorque mon rogue interlocuteur (essayez un peu de dire ça vite, ça fait un drôle d’exercice de prononciation.). – Et où est-il ? demandé-je sans me démonter. (Parce que moi, faut pas confondre avec la mer de Devos, je ne me démonte jamais.) – Je vous dis qu’on l’a embarqué, réitère le préposé incompréhensif. – On ne peut pas l’embarquer sans sa mer, observé-je. – On l’a embarqué avec sa mer et le reste, y compris les applaudissements. – Et où ça ? interrogé-je plein de superbe. – A la Halle. – Alors il est dans les choux ? – Mais non, pas à la Halle centrale, à la Halle en bas.

Je commençais à entrevoir. – A l’Ajhambra, voulez-vous dire, dis-je. – C’est ça, dans les jardins fleuris du même nom.

Il me menait en bateau. Je décidai de frapper un grand coup. Mais sur quoi ? Il n’y avait plus rien. Plus de Baudets. Plus de Devos. Plus de préposé. Rien que la mer, la mer, comme Waterloo morne plaine, mais en plus mouillé. Je saute dans une gondole qui se met à se tordre. – A l’eau ! dis-je. On me répond. – Il n’y a plus de places. – A l’Alhambra ? m’exclamé-je. Ca, c’est le comble ! – Exactement, me fait-on remarquer, comble depuis l’ouverture.

Je me mets à ricaner avec une trace de sadisme : – Je m’en fiche, on me donnera le disque . Avec les applaudissements, l’Alhambra, les Devos, les trois bourrins et…

La brute avait déjà raccroché. Ma flèche de Parthe perdue ! Pas pour tout le monde : elle tue un pigeon au vol. Les poulets m’entraînent – on se soutient !… ça m’apprendra à vouloir voir Devos, le prochain coup, j’irai voir la mer. La sienne. La mienne n’a pas de pick-up. »

Boris Vian